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jeudi 26 janvier 2012

Lisons : Claude Simon, "La Route des Flandres"

Comme toute l’œuvre de Claude Simon,  La Route des Flandres  s’écrit dans l’après-guerreS –les deux guerres mondiales, la guerre d’Espagne, les guerres de l’Empire et de la Révolution-, c'est-à-dire dans ce moment d’une coïncidence traumatisante et aliénante de la mémoire de soi et de la mémoire historique : pour la génération née en 1910, l’histoire individuelle et l’Histoire se confondent, alors qu’elle se découvre non seulement promise à mourir en 1940 mais aussi à voir mourir en elle une deuxième fois ses pères tués en 14-18.

Confrontée à la monstruosité d’une apocalypse sans cesse réitérée, l’humanité voit alors s’anéantir sa foi dans le progrès tandis que se trouvent dénoncées la vanité des constructions humaines en même temps que l’inutilité de la littérature. Et pourtant, face à la débâcle, subsiste la pulsion d’une parole conjuratrice ; mise en tension avec la terrible certitude de la vacuité de l’entreprise, cette pulsion rythme l’ensemble des dialogues, toujours au bord de la rupture ; la voix humaine en effet est la dernière possibilité de résistance, comme « un enfant siffle en traversant un bois dans le noir»: 
« deux voix faussement assurées, faussement sarcastiques, se haussant, se forçant, comme s’ils cherchaient à s’accrocher à elles espéraient grâce à elles conjurer cette espèce de sortilège, de liquéfaction, de débâcle, de désastre aveugle » (121)…

Et donc, pour survivre, il faut parler ; mais parler à qui ? A la putain de L’Acacia ? Au journaliste du Jardin des Plantes ? A Corinne ? « En tous cas pas à [elle] » (p.90) « La Route des Flandres » se heurte sans cesse à cette interrogation, au problème de la réception du discours. Cette indécision est aussi celle du lecteur, placé face à une énonciation infixable, labile et subversive, détruisant sans cesse les fragiles certitudes que l’on croyait acquises, soumise au surgissement anarchique des souvenirs ; perdu, malmené, asphyxié, happé par les flux du temps et de la mémoire, ce lecteur devient alors le double du narrateur et accède à l’expérience même qui lui est racontée.

Une lecture difficile mais indispensable et inoubliable ; une œuvre magistrale.





Vidéo : Colloque "Claude Simon géographe" :Frontières des terres, chevauchement des textes dans le roman de guerre simonien / Michel Bertrand Université Toulouse II-Le Mirail, 26-27 mai 2011.
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Une route bien étrange ... (Lecture d'"Angélique", de Nerval)

Waterhouse,
Gather ye Rosebuds while ye may, 1909

Des « filles de feu » on retient en général « Sylvie » ; mais c’est d’une autre nouvelle que je veux vous parler, « Angélique », véritable objet littéraire non identifié. 
Il s’agit d’une nouvelle épistolaire où nous suivons le narrateur-écrivain en quête d’un livre introuvable, sujet d’un de ses articles, tandis que plane sur lui la menace de la censure de l’amendement Riancey : «L’amendement Riancey plaçait les écrivains dans l’obligation de ne plus rien imaginer, puisque l’administration menaçait de sanctionner les journaux qui publiaient des romans, lesquels s’éloignent de l’analyse historique et du compte rendu de faits matériellement vrais. » (Michel Brix) 

Mais comme toutes les véritables quêtes (et peut-être la littérature), celle-ci est déceptive ; très vite nous nous égarons, de digressions en récits enchâssés, dans une errance aussi charmante que déstabilisante qui constitue finalement le véritable but du récit ; ce faisant, bien entendu, le récit s’écrit malgré et contre la censure, affirmant avec malice les pouvoirs du romanesque et plus généralement de la littérature. 
Il y a du Sterne dans cette nouvelle, et déjà du Perec et du Borges ( «Comme tous les hommes de la Bibliothèque, j'ai voyagé dans ma jeunesse ; j'ai effectué des pèlerinages à la recherche d'un livre et peut-être du catalogue des catalogues » ; Borges, « La bibliothèque de Babel »). Il y a surtout une déclaration d’amour à la fiction, au livre, à la liberté absolue du récit. Je vous incite vivement à lire cette nouvelle pour vous y perdre comme moi avec le sourire, et en compagnie de Nerval, qui vous prévient : « Ces jeunes filles fallacieuses nous firent faire une route bien étrange » (Angélique)…
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mardi 24 janvier 2012

On lui fait dire n'importe quoi! (à Dante)

Lecteur cossu et / ou bibliophile, tu rêves peut-être d'ajouter à ta bibliothèque le chef d'œuvre de Dante en édition Pléïade ; n'en fais rien ! 

Lorsque j'étais jeune étudiante chercheuse sans le sou travaillant sur Dante, mes sœurs m'avait offert cette édition qui disposait d'un important appareil critique (et oui, éventuel jeune lecteur  "je te parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître", où internet était un pur fantasme inaccessible ce qui rendait les recherches bibliographiques longues, ardues, fastidieuses...).
Mais "la joie se changea vite en pleurs" : quelle déception! La traduction de Pézard était vieille, lourde, et surtout, elle transformait totalement l'esprit de la langue de Dante et son rythme ; cette langue se caractérise par sa fluidité, sa modernité, sa proximité avec l'italien contemporain, sa simplicité familière ; Pézard en a fait une langue archaïque, obscure et lourde, en lui donnant un vernis médiéval... totalement artificiel.
Choisis plutôt la très bonne traduction de Jacqueline Risset chez GF, dans une édition bien moins chère et bilingue qui plus est!
Juge plutôt :

Traduction d'André Pézard (La Pléiade) :

"Par moi va-t-on dans la cité dolente,
Par moi va-t-on dans l'éterne douleur,
Par moi va-t-on emmi la gent perdue.
Justice mut mon souverain auteur :
Ouvrage suis de divine puissance,
Et très haute sagesse et prime amour.
Nulle chose avant moi ne fut créée
Sinon éterne, et je dure éternelle.
Vous qui entrez, laissez toute espérance."

Traduction de Jacqueline Risset :

"Par moi on va dans la cité dolente,
par moi on va dans l'éternelle douleur,
par moi on va parmi la gent perdue.
Justice a mû mon sublime artisan,
puissance divine m'a faite,
et la haute sagesse et le premier amour.
Avant moi rien n'a jamais été créé
qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement.
Vous qui entrez, laissez toute espérance."

L'original:

"Per me si va ne la città dolente,
per me si va ne l’etterno dolore,
per me si va tra la perduta gente.
Giustizia mosse il mio alto fattore:
fecemi la divina podestate,
la somma sapienza e ’l primo amore.
Dinanzi a me non fuor cose create
se non etterne, e io etterno duro.
Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate".

Inferno, Canto terzo
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lundi 23 janvier 2012

J'ai (presque) lu le Turquetto d'Arditi

Je n'ai pas fini ce livre dont j'ai lu hier la première partie... et je ne sais pas si je le finirai.
Pour moi, la lecture est un acte d'amour, un échange qui suppose qu'une connexion s'établisse, que le lecteur s'abandonne à la séduction ; or, ici, rien ne (se) passe, si ce n'est un profond ennui mêlé à une sourde exaspération.

Je partais pourtant facilement conquise : la renaissance italienne, le XVIème s. et  le lien littérature/peinture  sont trois passions qui ont aussi constitué mes champs d'étude... Mais quelle déception!

Dès les premières pages (la page 18 est assez insupportable et très représentative), l'overdose des points d'exclamations, qui tentent maladroitement de construire l'intériorité des personnages à défaut de maîtrise du discours indirect libre, a provoqué chez moi un rire nerveux  ; c'est assez gênant, étant donné le manque total d'humour de ce récit... Quant à l'érotisme de pacotille mettant en scène des jeunes filles (ou plutôt des enfants!) de douze ans, et convoque les pires poncifs : le harem, le lesbianisme... Certes, page 66, l'auteur semble se souvenir que "c'est pas bien, l'esclavage" et ajoute in extremis une petite anecdote tire-larme, ce qui ajoute l'hypocrisie à l'ensemble.
En ce qui concerne l'exotisme de Constantinople, je pense que la lecture du Guide du Routard m'apporterait plus de dépaysement : aucun univers ici, aucune odeur, aucun bruit, aucune matière, aucune couleur (ce qui est assez paradoxal lorsqu'on prétend raconter la vie d'un peintre) : quel manque de corps! (à part celui des jeunes filles dont j'ai déjà parlées...)
Tout ceci à travers une construction boiteuse, une structure qui manque de rythme malgré la brièveté des chapitres, des incohérences narratives : en une demi-page, le héros abandonne le projet mis en place sur plusieurs chapitres et part à Venise : pourquoi, comment? On n'en saura rien. Je ne sais pas non plus pourquoi une ellipse de 43 ans sépare les deux premières parties, sans justification particulière, provoquant l'abandon de la plupart des personnages "installés" au début  ; on l'apprend peut-être plus tard... mais il faudrait pour le vérifier que je poursuive et je doute d'en avoir le courage...
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mercredi 18 janvier 2012

J'ai fini La Zone du Dehors, de Damasio

Lecture de pleine nuit jusqu'à ce que la fatigue l'emporte à 6h du matin, lecture sidérante et dévorante, lecture de rage, happée, captivée...  Lecture de veille, de réveil, dans tous les sens du terme.
Après le bouleversement de La Horde du contrevent, je repoussais celle-ci, craignant la fin de l'idylle, la déception, le désamour qui parfois nous éloignent, irrémédiablement, d'un auteur adoré ; heureusement, il n'en fut rien.

Les hommes de la Volte sont-ils les enfants ou les ancêtres de ceux de la Horde? Ils sont en tout cas leurs frères, frères surhumains que Nietzsche, dont  la flamme court tout au long cette dystopie, appelait de ses voeux, frères trop humains où chacun se reconnaîtra, interrogeant ses failles, ses fulgurances, ce qui fonde son humanité : "Aucun destin n'est inéluctable, l'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets"

Interrogeant aussi, et c'est  une différence majeure avec La Horde du Contrevent, notre société post-moderne et son devenir, la tyrannie de nos démocraties molles qui endorment nos révoltes ( "nous n'avons jamais été aussi proches de ce que j'estime être le summum du pouvoir : une aliénation optimum sous les apparences d'une liberté totale"), la frontière fragile qui transforme la résistance en terrorisme, la tension entre morale et liberté, idéal et efficacité, la volonté de puissance. 

Ce n'est pas un livre qui se donne facilement, ni qui se donne à tous. La lecture est ardue, lecture de combat qui se heurte à la chair incomparable d'une écriture ambitieuse, et doit la saisir, s'y heurter, l'escalader, s'y éprouver
"Un! L'homme en vie, vitaliste, aux aguets
tout en explosion, frication,
ressenti, éprouve et épreuve." 

Roman de paroles, de circulation de la parole, à l'image des concertos des Voltés,  c'est aussi un roman d'action et de tension dramatique, de suspens efficace, de lutte armée, de trahison, de résistance.

L'univers est somptueux, on y retrouve les éléments chers à Damasio qui construisent aussi celui de La Horde : la matérialité et l'énergie, la métamorphose, l'élan et la friction, à travers un langue qui sans cesse elle aussi se transforme, éprouve ses limites, les dépasse, expérimente, saisit et dynamite, s'y frotte, explose; la langue d'un poète tout autant que celle d'un romancier :

Leur voix articulait de la roche et du sable, et dans leur frottement sourd montaient des animaux mythiques, méduses s'immisçant flottantes à travers les rideaux d'ammoniac ou tigres pourpres entraperçus dans les brumes du Dehors [...]



Change l'ordre du monde... plutôt que tes désirs... Tes désirs sont désordres...




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dimanche 15 janvier 2012

Des livres à la page # 1 Dalva, Jim Harrison


J'ai eu envie d'un nouveau rendez-vous, où je vous proposerai mes livres préférés à travers un extrait particulièrement aimé; la règle ? Que je me souvienne suffisamment de l'extrait pour ne pas avoir à chercher, que les mots me viennent aussitôt en tête... c'est le cas de la première phrase de
Dalva, de Jim Harrison,
un auteur qui m'est très cher...













7 avril 1986, 4h du matin — Santa Monica
Aujourd’hui, ou plutôt hier, il m’a dit qu’il importait de ne pas accepter la vie comme une approximation brutale. Je lui ai répondu que les gens de ce quartier ne parlaient pas comme ça. La luciole qui vole maintenant près de moi dans le noir devient toutes les lucioles que j’aie jamais vues. Je suis sur le divan; à mon réveil j’ai cru entendre des voix au bord de la rivière, un bras de la Niobrara où, vêtue d’une robe blanche, j’ai été baptisée avec ma sœur. Un garçon a crié serpent d’eau, et le prédicateur a dit passe ton chemin, ô serpent, ce qui nous a tous fait rire. Le serpent s’est éloigné dans le courant, puis les chants ont commencé. Ici, il n’y a pas de rivière dans les environs. J’allume la lampe au-dessus du divan et constate qu’il n’est plus là. Malgré l’heure tardive j’entends le chuintement des pneus d’une voiture sur la route de la côte. Il y a toujours des voitures. La fille en maillot de bain vert a été renversée sept fois avant que la dernière voiture ne l’envoie bouler dans le fossé. Selon l’autopsie, elle avait pris un mélange d’héroïne et de cocaïne californiennes. Son maillot de bain était de la même couleur que le blé d’hiver dans mon souvenir, un vert presque phosphorescent à la fonte des neiges. C’était si bon de voir une autre couleur sur la terre, en dehors de l’herbe marron, de la neige blanche et des arbres noirs. Maintenant, entre deux voitures, j’entends l’océan; et la brise qui soulève les rideaux bleu pâle apporte une odeur marine semblable à celle de ma peau. Je suis plutôt heureuse, même si je vais sans doute devoir déménager après toutes ces années, sept en fait. J’ai une éraflure à la cuisse, on dirait une brûlure superficielle, à cause de sa moustache. Quand il m’a proposé de raser celle-ci, je lui ai répondu qu’il serait perdu sans elle. Ma réponse l’a mis en colère, comme si sa vanité ne dépendait que d’un attribut aussi dérisoire qu’une moustache. Bien sûr, il n’écoutait pas mes paroles, mais toutes les résonances imaginaires qu’elles suscitaient en lui. Lorsque j’ai éclaté de rire, il s’est mis à arpenter la pièce d’un pas furieux, seulement vêtu de son caleçon qui flottait sur ses fesses. C’était plutôt chaleureux et amusant, mais quand il a voulu me saisir aux épaules pour me secouer, je lui ai dit de rentrer à son hôtel et de se branler devant la glace jusqu’à ce qu’il ait vraiment envie d’être à nouveau avec moi. Là-dessus, il est parti.
 
Je croyais écrire ceci à mon fils au cas où je ne le verrais jamais et s’il m’arrivait quelque chose, pour que ces mots lui disent qui est sa mère. Mon ami d’hier soir m’a rétorqué : Et s’il n’en vaut pas la peine? Cela ne m’était jamais venu à l’esprit. J’ignore où il se trouve et je ne l’ai jamais vu, sinon quelques instants après sa naissance. Je n’ose me mettre à sa recherche, car je ne suis pas certaine qu’il connaisse mon existence. Ses parents adoptifs ne lui ont peut-être jamais dit qu’il a été adopté. Il s’agit moins d’un problème sentimental que d’un projet laissé en plan, le désir de rencontrer quelqu’un que je n’ai pas vraiment le droit de connaître. Mais faire la connaissance de ce fils parachèverait cette liberté que les hommes de mon entourage semblent considérer comme un dû. Et puis, mon fils me cherche peut-être?

Je m’appelle Dalva. C’est un prénom assez étrange pour une femme originaire du nord du Middle West, mais l’explication en est simple. Le frère aîné de mon père céda à l’esprit de révolte et à l’attrait des magazines d’aventures; il se fit marin sur des navires marchands, chercheur d’or et de métaux précieux, et enfin géologue. Vers la fin de la Grande Dépression, Paul écumait l’intérieur du Brésil; il dilapida à Rio presque tout son argent, puis revint à la ferme avec quelques cadeaux, dont un disque 78 tours des sambas de l’époque. L’une de ces sambas — en portugais bien sûr — s’intitulait Estrella Dalva, soit « Etoile du Matin », et mes parents adorèrent cette chanson. Naomi, ma mère, m’a raconté que par les chaudes soirées d’été mon père et elle mettaient le fameux disque sur le Victrola, puis dansaient sur toute la longueur de l’immense véranda de la ferme. Avant de disparaître à nouveau, mon oncle Paul leur avait appris les pas de ce qu’il croyait être la samba.
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jeudi 12 janvier 2012

Une rencontre sur Internet...

Le titre, tout de suite, paraît alléchant... Cette  femme nous racontera-t-elle ici ses nuits passées à hanter les sites de rencontre, ces folâtreries virtuelles,  les désillusions drolatiques de rendez-vous meetic ?


Et bien non, c'est d'un autre type de rencontres que je vais vous parler ici, une rencontre cependant où le hasard, l'attirance, l'échange eurent une place essentielle...



Le hasard 



Je l'avoue : j'ai une passion un peu bizarre pour l'onglet "Blog suivant" sur Blogger ; pour ceux qui ne connaîtraient pas, c'est une sorte de zappeur qui te permet d'errer à l'aventure sur les centaines de milliers de blogs blogger (ne testez pas ça maintenant, finissez d'abord de lire l'article!) ; vous passez en un clic du Japon aux USA (qui il faut l'avouer sont sur-représentés) ; vous tombez parfois sur des choses surprenantes, souvent sur des blogs chrétiens (sur-représentés parmi les blogs américains sur-représentés), napperons chrétiens, cuisine chrétienne, randonnées chrétiennes, rock chrétien, chiens chrétiens, et tout ce que vous pourrez imaginer de chrétien (ou même que vous ne pourrez pas) ; par exemple, là en écrivant, j'ai zappé et :


Des fois, vous découvrez aussi des trucs super, comme / know / feel, un blog finnois qui est devenu un de mes préférés parce que Katri Jenni Sofia, bien que finnoise, aime tout comme moi j'aime.
Bref , voici donc comment je passe des nuits palpitantes et rigolotes avec moi-même toute seule durant mes longues et répétées insomnies.

L'attirance
Or donc, j'étais ainsi en train de m'adonner à ma pratique solitaire et un peu honteuse lorsque ici, j'ai vu ça :



Coup de foudre absolu ; sauf qu'il n'y avait aucun nom d'auteur, nulle part, aucune indication, et que le nom du blog, Goldilocks Zone,  n'indiquait pas grand chose ...

Alors j'ai fait ça :


L'échange

Et puis j'ai attendu, attendu ("elle n'est jamais venue, zaïe, zaïe, zaïe"... excusez-moi...)

Et puis Carl Dimitri (c'est lui!) m'a contacté par mon blog en commentant ici (il se passe des choses trépidantes sur ce blog, c'est dingue); ça n'avait rien à voir avec l'article à commenter mais franchement je m'en foutais.
Et puis on a échangé des mails ;et il est très, très gentil, et son copain Martin Guenette, qui met en ligne également des toiles sur le blog, aussi ; comme j'ai de la chance, toutes mes toiles préférées n'étaient pas vendues ; et comme on a vraiment sympathisé, il m'a proposé un prix plus intéressant que celui de  la galerie en ligne où il expose (Saatchi on line) ; bref, à Martin Guenette je vais acheter celle-ci :



et à Carl Dimitri, celle-là :



Nous nous rencontrerons certainement cet été, puisque il habite à Providence et que je passe le mois d'août dans la région de New-York ; j'espère visiter son atelier.

J'adore internet.

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mardi 10 janvier 2012

L'aventure oubliée : Les indiens d'Amérique (Un hors-série du magazine L'Histoire)


Je vous parlais il y a peu de ma fascination pour les photographes américains Frank A. Rinehart , Edward S. Curtis (and co) qui se sont consacrés à la représentation de l'Amérique indienne avant son inexorable disparition. J'ai donc été particulièrement heureuse de découvrir en kiosque le dernier numéro des Collections de L'Histoire, qui s'intéresse à L'aventure oubliée : Les indiens d'Amérique. Des Micmacs au Red Power. Le numéro est dense et passionnant ( et  on y trouve un article sur Edward S. Curtis!), il varie les points de vue et les approches, il apporte également des informations plus précises sur une histoire qui hante notre imaginaire occidental¹ sans que nous en ayons pourtant une connaissance très précise :

"Ils sont 3 millions aux États-Unis, 1,2 millions au Canada. Ils mènent aujourd'hui la bataille devant les tribunaux pour la reconnaissance de leurs droits. Hormis quelques noms au parfum de légende, comme ceux de Geronimo et de Sitting Bull, on ignore presque tout de leur passé. Qui se souvient de l'extraordinaire diversité des peuples d'Amérique du Nord avant la conquête ? Et de la colonisation française, qui fut un temps d'alliances, d'échanges et de métissages ? Voici cinq siècles d'une aventure passionnante et tragique sur laquelle une histoire très renouvelée nous éclaire aujourd'hui. Elle permet pour la première fois de se placer du côté des Indiens."

Je vous recommande vivement ce numéro, et vous invite à en feuilleter ici quelques pages :




Les Collections de L'Histoire n°54 paru en janvier 2012 au prix de 6.90€...

1- Il hante en tous cas le mien, comme le prouve cette photo d'archives (et qui aurait dû sans doute y rester cachée...)




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mercredi 4 janvier 2012

La clef des champs : pour ou contre ?



J'avais été séduite par la bande-annonce, mais avais découvert que les critiques étaient très contrastées, avec parfois des avis très négatifs...


Mais mon petit Edmond étant un passionné de nature, et le jardin ne proposant en cette saison plus aucune fourmi à observer,
"Pas un seul petit morceau   
De mouche ou de vermisseau",
j'ai tout de même décidé de l'emmener voir le film....  


Alors? Il est vrai que la clef des champs est parfois bien cadenassée... à l'image du jeune "héros" qui parcourt les champs et les bords de mare en short immaculé, sans le moindre genou écorché, vêtement froissé, talon boueux... Un film bien propre sur lui...  
Mais malgré ce défaut, la photographie est vraiment magnifique et certaines séquences très poétiques ; on découvre l'extraordinaire au coeur de l'ordinaire, et on peut voir ce qui d'habitude nous demeure caché... Edmond était vraiment enthousiaste à la sortie, et c'est tout ce qui compte, non?
Bref, je suis pour la clef des champs!

Et pour s'essayer aux merveilleuses créations des enfants du film :







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mercredi 28 décembre 2011

Les p'tits bonheurs de 2011... #3 Lectures majeures...

Trois lectures cette année m'ont véritablement et durablement marquée, et même, pour l'une d'entre elle, bouleversée :


En tant que professeur de littérature et dévoreuse de livres depuis ma plus tendre enfance,je compte presque autant de livres lus que de jours vécus (du moins de semaines) ; il m'est donc de plus en plus difficile d'être surprise ; j'ai pourtant vécu à la lecture de La Horde du Contrevent une expérience inouïe, au sens propre ; Damasio réinvente le monde et le langage, nous propose de vivre ce langage d'une manière unique et bouleversante. A lire, absolument.



Encore Murakami me direz-vous? Oui, et toujours le même émerveillement... auquel s'ajoute l'attente impatiente du tome 3 de 1Q84 qui ne paraîtra qu'en 2012...







Le titre de la série est magnifique mais je trouve les couvertures assez laides, hélas ; une esthétique réservée à la "fantasy"? Quoi qu'il en soit, passez outre le genre : par la complexité de son univers, de sa structure, de son éthique et de ses personnages, par le refus du manichéisme, la série mérite vraiment une lecture. Celle-ci m'a totalement happée...

Et vous? Quelles sont vos lectures marquantes de l'année écoulée?
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dimanche 25 décembre 2011

Assumons nos névroses...

Reçu à Noël...un livre de Ursus Wehrli .... Du bric à brac, de l'humour et beaucoup de névrose... Tout ce que j'aime... et le moyen de réussir par procuration ce que je ne sais pas faire ici...





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Dispatchwork (ressortez vos legos)

Berlin
Tel Aviv
Venise
Bingen
 Sur l'excellent site INSITU, j'ai découvert le projet "Dispatchwork" de Jan Vormann : "Dans le cadre de son projet Dispatchwork, le jeune artiste allemand répare les blessures des villes en comblant ses anfractuosités et ses meurtrissures par de petites installations de Lego ou de Duplo.Dans un premier temps, Jan Vormann s’est concentré plus particulièrement sur les villes marquées par la guerre : Berlin, Tel Aviv, Belgrade… "

Amsterdam
Autour de lui les "Dispatchers" s'organisent : retrouvez leurs interventions ludiques et poétiques à l'échelle du monde sur le site  Dispatchwork où une carte interactive permet de visiter les lieux transformés ;


Amsterdam















  et ressortez vos legos...

Lausanne

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samedi 24 décembre 2011

A voir : Collector (derniers jours!)

L'expo "Collector" au Tri Postal est encore visible jusqu'au 1er janvier. Si le thème du RDC, "Les grands transparents", m'a plutôt déçue, les salles des étages autour de "Dommages collatéraux" et "Life is a killer" proposent des oeuvres majeures qui m'ont suffisamment interpellée pour que j'y retourne avant la fermeture. A voir, donc, pour, par exemple :

- The Day Before -Star System- de Renaud Auguste-Dormeuil
"Le projet photographique The day before_Star system est une série de douze photographies qui présente la carte du ciel le soir précédant un bombardement militaire. Pour cela, Renaud Auguste-Dormeuil utilise un logiciel qui permet de reconstituer une constellation, au jour et au lieu souhaités. Ces œuvres montrent ce que pouvaient voir les populations la veille de leur mort, la veille des bombardements de Guernica, Dresde, Caen, Londres, Bagdad, Hiroshima, Nagasaki, Sarajevo, New York à la veille du 11 septembre 2001."

-  "Re : tête de mort", de Saâdane Afif

La Vanité est un motif qui m'a toujours fascinée, et dont j'ai déjà traité ici ; L'installation monumentale de Saâdane Afif revisite ce motif de manière magistrale... L'anamorphose du plafond se recompose dans les sphères du sol... à condition de trouver soi-même l'angle qui permet la recomposition...





-  Entrer dans l'arbre "Phosphor" de Piero Gilardi promet aussi une expérience fascinante...


- Je connaissais depuis longtemps "Logorama" de H5 ; mais je ne me lasse pas de le revoir, et étais heureuse de le découvrir sur grand écran...


- Beaucoup d'humour également dans "Défilé" de Wang Du, qui sollicite lui aussi le regard du spectateur en dénonçant l'imagerie contemporaine  : 



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Frank A. Rinehart , Edward S. Curtis (and co)


Aucune photographie ne m'émeut et ne me fascine autant que les portraits d'Indiens Américains réalisés à la fin du XXème siècle par Edward S. Curtis, Frank A. Rinehart ou Norman A. Forsyth ; en plus de leur beauté plastique, ils me paraissent constituer la quintessence du portrait. Ils interrogent la tension entre le Même et l'Autre, entre la confiance nécessaire au regard et la violence qu'il suppose, ici à l'échelle d'une nation. Ils enregistrent aussi la disparition irrémédiable et constituent la trace tangible de ce que nous avons détruit, concrétisant  la nostalgie dans son essence la plus absolue :
"Je lis en même temps : cela sera et cela a été ; j’observe avec horreur un futur antérieur dont la mort est l’enjeu. En me donnant le passé absolu de la pose, la photographie me dit la mort au futur. Ce qui me point c’est la découverte de cette équivalence. Devant la photo de ma mère enfant, je me dis : elle va mourir : je frémis [...] d’une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit la mort ou non, toute photographie est cette catastrophe. " R. Barthes, La chambre claire, 1980



Cette esthétique influence bien sûr le magnifique travail de Jarmush dans Dead-Man, nourri d'ailleurs des mêmes interrogations, des mêmes tensions entre l'Homme Blanc et l'Indien, le Passé et le Présent de celui qui ne sait pas qu'il est déjà mort...





Un aperçu du travail de Reinhart grâce à la Boston Library, ici sur Flickr...



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